Regrets -partie 1-

Publié le par bafouille

 

Plusieurs nouvelles seront mises sur ce blog mais en morceaux... La suite suivra la semaine après la publication des premières bribes... merci de votre compréhension et bonne lecture. N'hésitez pas à faire part de vos commentaires, critiques ou opinions. C'est avec cela que je pourrai avancer...

 

vwjhhz0p.jpg 

 

Je me souviens du bruissement des feuilles d'automne sur le chemin de cailloux blancs de la ferme à Grand-mère. Le vent soufflait aux chênes la douce mélodie de l'approche de l'hiver et les feuilles rouges dansaient avec plaisir en se laissant tomber au sol. C'était beau. Je me souviens du goût de la glace au citron qui fondait vite dans ma bouche d'enfant. J'adorais en écraser un bout entre ma langue et le palais. Le froid descendait le long de ma gorge et lorsque j'inspirais par la bouche, le citron parfumait mon haleine. C'était délicieux. Je me souviens  de la limonade et de ces bulles qui montaient à la surface du verre. J'adorais quand elles éclaboussaient et éclataient en minuscules gouttelettes sur ma petite frimousse... je cherchais à savoir d'où elles venaient. Je me souviens des grosses bulles que je faisais moi-même en soufflant fort dans ma paille. Et ça faisait de la mousse... Je trouvais ça rigolo. Je me souviens de l'odeur de la cendre des cigarettes de Grand-père dans le cendrier au milieu de la table. Grand-mère et Grand-père avaient créé un nouveau concept ici. Ils avaient inventé Le Café à La Ferme. Et ça marchait bien. Tous les habitants des villages voisins venaient apprécier le chocolat chaud et épais de Grand-mère et la bière artisanale de Grand-père. C'était formidable. Les arrivants s'asseyaient aux tables en fer rouillé autrefois forgé par papa et admiraient chaque petit pot de fleurs que Mamie prenait soin de déposer sur chaque table. Ils discutaient des récoltes pas assez nombreuses pour la nouvelle année, des pertes de bêtes dans leur troupeau, des difficultés à payer les ouvriers agricoles récemment employés, de leur femme un peu trop sévère avec leurs enfants ou pas assez, de leur aîné parti à la ville... Je me souviens de leur enthousiasme, de leur colère, de leur joie... Il faisait bon vivre au Café à La Ferme de Grand-mère et Grand-père... Je me souviens de Navarro, le chien de la ferme voisine qui avait fait de notre famille son deuxième chez lui. Je me souviens de Pepsie, la chatte de Mamie qui venait s'installer tous les soirs sur ses genoux. Je me souviens des azalées au pied des murs de la ferme, du balancement des roseaux dans la marre et du bourdonnement des libellules allant de nénuphars en nénuphars. Je me souviens de la beauté des couchers de soleil que j'observais depuis ma cabane dans le marronnier et de celle des hibiscus sur la terrasse du café. Mais surtout, surtout, je me souviens de Emma... Emma avec sa petite jupe blanche et sa peau pas comme la nôtre... Emma avec ses deux tresses sur les côtés et son regard vert à en perdre la tête... Emma avec son sourire audacieux et sa délicieuse façon de dire : « Tu viens, on va jouer ? » Jamais je n'ai réussit à résister à cet appel... « J'arrive Emma ! » On se donnait rendez-vous à la marre où nous commencions toute sorte de bêtises. La pêche aux grenouilles avec au bout de la ligne des petits morceaux de tomates « empruntés » à la cuisine de Grand-mère, les cabanes fabriquées à l'aide de vieux draps sales récupérés au grenier, la chasse aux poules et la capture des poussins, les bains de boue... et bien d'autres ! Nous allions souvent dans le compost derrière le poulailler, pour y dénicher toute sorte de détritus afin de les cacher dans la gamelle de Pepsie... on prétendait que c'était des médicaments et que nous étions vétérinaires. Nous avons cessé de jouer à ce jeu lorsque la chatte est réellement tomber malade à cause de nos bêtises et qu'un vrai vétérinaire est venu la guérir. Mais au compost, on y allait surtout pour se rouler dedans. C'était drôle de voir ma salopette s'entacher aussi facilement et la jupe blanche de Emma devenir noire aussi vite ! 

 

Publié dans Nouvelles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article