Regrets -partie 3-

Publié le par Bafouille

Je suis vétérinaire et je gagne assez bien ma vie. Je ne me suis pas marié et n'ai pas eu d'enfants si c'est la question que vous vous posez. Mais j'aurai tellement voulu entendre le rire de petits bambins dans la maison quand je rentrais le soir chez moi et voir le regard vert de ma femme me prenant dans ses bras le matin avant de partir chacun de son côté au travail.

Mon cabinet est de l'autre côté de la ville. Tous les matins et soirs je prend les transports en communs. Prendre la voiture tout seul et en agglomération n'a rien de très attrayant et cela contribue à l'augmentation du carbone dans l'atmosphère, d'après les scientifiques. Bref, ma vie est programmée. Je me lève à 6h, prend ma douche matinale, déjeune à 6h15 et pars de chez moi à 6h45. J'aime bien prendre mon temps pour déjeuner. Je marche le long de la rue, tourne à gauche, traverse au passage clouté et attend à l'arrêt de bus de Marengo pendant 3 minutes. À 6h58 tapantes, je monte dans l'autocar et à 7h22, je gravis les escaliers de mon cabinet, dis bonjour à ma secrétaire, puis m'enferme dans mon bureau pour attendre mes premiers clients... Chaque matin. Chaque soir. Le même trajet. 

Ce soir-là, j'avais besoin de prendre l'air. Pas de cet air pur de la campagne qui vous remplit les poumons pendant des années durant et dont la population urbaine a déjà oublié le plaisir. Non, pas de celui-là, quoique j'en aurait tellement eu besoin... J'avais simplement envie de marcher. Connaissez vous ce besoin subit ? Prendre le temps de marcher, d'avoir conscience du monde qui vous entoure, ce brouhaha de la ville et cette pollution incessante des véhicules ... Retrouver cette sensation de n'être plus tout à fait seul... marcher sous la lueur des lampadaires et plonger dans les ténèbres du coeur solitaire...

Ce soir-là vous dis-je, alors que je passais devant l'abris-bus de 6h58, une ombre à l'écart des réverbères se tenait croupie par terre, sous un monticule de cartons humides. L'ombre toussa et se mit à gesticuler. Une main sortit tandis que la toux ne cessait pas. « Vous voulez de l'aide, monsieur ? » Je m'approchai et quand le visage sortit enfin, je reconnu une dame aux traits vieillis par la vie dure qu'elle avait pu mener. Quelqu'un qui n'aurait pas cherché à la voir vraiment l'aurait toujours prise pour un homme. Elle avait une peau basanée et des lèvres... des lèvres magnifiques.


pieds-sdf.jpgÀ suivre....

Publié dans Nouvelles

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